Les turbulences autour de « Vol Spécial »

L’article publié dans Le Matin Dimanche sur le film « Vol Spécial » de Fernand Melgar suscite des réactions prévisibles vu la sensibilité politique du sujet. J’y signale qu’un protagoniste du film, Elvis Enow, est un trafiquant de drogue condamné pour infraction grave à la loi sur les stupéfiants et blanchiment, ce qu’il omet de dire dans une interview qu’il a donnée lors de la première. Le film tait aussi cela, tout comme il passe largement sous silence le passé pénal d’une majorité des internés de Frambois et présente dans son texte d’exergue une vision des choses qui ne correspond que partiellement à la réalité.

C’est un autre point du film qui m’amène à y revenir ici. L’article mentionne une scène où interné se met en colère parce que son expulsion va le séparer de se femme et de ses enfants. Le texte ajoute que selon un familier du cas, sa famille était en fait sans nouvelles de lui depuis deux ans avant son arrestation. Aucun nom n’est mentionné, car il n’y avait pas d’intérêt public à le faire ici, contrairement au cas d’Elvis Enow – j’y reviens plus loin.

Fernand Melgar lui-même a pris l’initiative de révéler l’identité de Pitchu Kitima dimanche soir au Téléjournal. C’est bien à ce dernier que je pensais après avoir vu le film et discuté avec ma source. Fernand Melgar m’a assuré dimanche matin que cette personne ne pouvait être celle visée par la remarque. Après deux vérifications, je confirme que Pitchu Kitima n’est pas concerné par la critique sur l’absence de vrais liens familiaux. Je lui présente mes excuses s’il s’est senti visé par ce paragraphe. En revanche, la remarque sur les liens familiaux très relatifs concerne bel et bien un autre interné de Frambois qui apparaît dans le film.

J’assume l’article et sa genèse. Personne, ni aucun agenda politique ne me l’a dicté. Tout est parti du compte-rendu de la première de « Vol Spécial » paru dans 24 heures. On y lit qu’Elvis Enow, expulsé au Cameroun en 2010, est revenu clandestinement à Lausanne, où il dit être père de jumeaux. «Je dois travailler pour éduquer mes enfants, pour qu’ils aient un avenir. Je regarde devant moi, j’espère qu’il y a une place pour moi ici. Les Suisses doivent voir ce film, surtout ceux qui votent UDC», déclarait-il. Et de préciser:  « J’ai passé une semaine au Cameroun à voir ma famille. Et puis je suis revenu en Suisse».

Ma première réaction a été celle du citoyen qui se demande à quoi servent les lois s’il est si facile ensuite de les narguer. « Revenu en Suisse », au bout d’une semaine, tout tranquillement… Avec quel argent, au fait? Voilà une question que Fernand Melgar aurait pu poser à Elvis Enow, dont j’ignorais à ce moment qui il était.

Une douzaine de jours plus tard, l’article de 24 heures m’est revenu sous les yeux tandis que commençait à circuler le bruit selon lequel Elvis Enow avait un passé pénal. J’ai tiré le fil.

Fernand Melgar dénonce une violation du secret de fonction. Qu’il la prouve. Et puis surtout, faudrait-il taire le passé d’Elvis Enow? Pour quelle raison? Au profit de qui? Le cinéaste minimise le cas en soulignant que le Camerounais est un protagoniste secondaire de « Vol Spécial ». Il est exact qu’il n’apparaît que pendant une minute environ vers les deux tiers du film. Mais en posant pour la photo à côté de Melgar et en donnant une interview, il s’intègre dans la promotion du film, par ailleurs très active; c’est ainsi qu’il a attiré mon attention.

Fernand Melgar a passé des mois à Frambois – neuf, dit-on – et nous en livre sa vision. Mais quand des gens qui ont eu affaire aux cas qu’il évoque essaient de présenter une réalité différente de la sienne, il brandit le secret de fonction. Je ne peux m’empêcher de voir dans ce juridisme une forme de terrorisme intellectuel.

Nous avons eu samedi avec Fernand Melgar une conversation plus longue que ce qui a paru dans Le Matin Dimanche. Il m’a dit qu’il est favorable à une immigration contrôlée et opposé au trafic de drogue. Dont acte. Vivant lui-même dans un quartier « chaud », il s’étonne que les médias s’intéressent toujours aux dealers, mais rarement aux clients dont certains, dit-il, viennent s’approvisionner en Porsche Cayenne. Ce n’est pas faux. Ni sa dénonciation de l’asile fiscal qu’accorde l’arc lémanique aux multinationales des matières premières. Plus encore que les bas impôts, le manque de curiosité des autorités suisses permet à certaines de ces sociétés de parquer ici, en plus de leurs bénéfices, de vilains secrets. Il est difficile de ne pas faire le lien entre leur impact (rarement positif) sur les pays d’extraction, notamment africains, et les vagues de miséreux qui viennent ensuite s’échouer sur les rivages européens.

C’était, m’a-t-il semblé, une discussion assez franche. Fernand Melgar et moi divergeons en revanche sur un point fondamental. Il a fait de l’UDC le Mal absolu, l’assimile à la « peste brune » sur sa page personnelle et la combat de toutes ses forces, ce qui est son droit de citoyen. Je pense pour ma part que la progression l’UDC résulte en partie de la présentation partielle et partiale de la réalité de l’immigration, telle qu’elle se manifeste depuis des années, notamment dans « Vol Spécial ».

Le débat n’est pas clos. Etant en principe en vacances depuis dimanche, je vais lever le pied sur ce blog mais resterai attentif à distance.

Actualisation le 6 octobre: Lien vers l’émission Médialogues de la RSR, échange de vues avec Fernand Melgar.

Actualisation le 11 octobre: La projection de « Vol Spécial » ne sera pas interdite dans les écoles vaudoises, comme semblait le craindre Fernand Melgar ce lundi. Une telle mesure aurait été absurde. S’il y a un endroit où les clandestins – ou plutôt leurs enfants – ont une existence reconnue et accompagnée d’effets positifs, c’est bien en milieu scolaire. Les jeunes y reçoivent souvent un des rares repas consistants de la journée, de l’attention pendant les heures creuses, et bien sûr des connaissances. Je m’en étais rendu compte par la bande en passant une semaine au collège de Prélaz il y a un an (j’y tenais un blog pour Le Temps) et avais conclu par une lettre ouverte à la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon, dont une phrase disait ceci: « Si la force d’un pays se mesure aux efforts qu’il consent pour donner à tous des chances raisonnables de partir d’un bon pied dans la vie, alors je me suis senti, au terme de cette semaine, fier d’être Suisse ».  Un an, je pense toujours de même, et la réponse de Mme Lyon à l’interpellation de François Brélaz (UDC) ne m’étonne pas – ni le fait que la projection soit suivie d’une discussion contradictoire.

« Politisch uninteressant »

C’est l’événement du festival de cinéma de Locarno qui s’ouvre la semaine prochaine. Le cinéaste Jean-Stéphane Bron présentera son dernier film, « L’Expérience Blocher ». Il gère bien sa comm’ et entretient le suspense: à part de rares initiés et Blocher lui-même, personne n’a vu le film. Pas d’interviews, pas de déclarations, chacun jugera sur pièce au moment voulu.

Mais certains qui n’ont pas encore découvert « L’Expérience Blocher » ont déjà un avis, c’est le cas de la conseillère nationale socialiste Susanne Leutenegger Oberholzer. Elle critique le fait que l’Office fédéral de la culture ait accordé 260 000 francs de subvention, soit la moitié du budget, à ce documentaire qu’elle juge « politisch uninteressant », parce que l’UDC, parti de Blocher, « n’était pas le thème principal des élections fédérales de 2011 ».

Susanne Leutenegger Oberholzer est une politicienne combative et parfois pertinente, mais dans le cas particulier, elle a perdu une occasion de se taire. Les élections fédérales de 2011 ne sont pas le thème de ce film, ni même Blocher lui-même, mais – comme le suggère le titre – l’impact qu’a eu et continue d’avoir ce politicien hors normes sur la vie publique en Suisse. Il faut être d’une sacrée mauvaise foi pour le ranger déjà dans le placard des gloires passées. Blocher est vieux, il se répète pas mal, il est plus arrogant et confit de certitudes que jamais, mais le débat à venir sur nos relations institutionnelles avec l’Europe, les discours de 1er août que viennent de prononcer le président de la Confédération Ueli Maurer et le président du PDC Christophe Darbellay, la crispation des relations franco-suisses et la montée des « souverainistes » romands: tout cela montre que « l’expérience Blocher » est encore en cours.

Je n’en sais pas plus que les autres sur ce film. Si, un peu quand même. Je sais que Blocher l’a vu en projection privée avec son avocat dans une salle de cinéma à Gstaad – celle où, me dit-on, Polanski en liberté surveillée visionnait son dernier film – et qu’à la fin, il est devenu tout rouge. Il n’a rien dit sur le moment, a donné rendez-vous à Bron deux heures plus tard. Alors, il lui a demandé deux changements factuels dans le montage, rien de plus. Pas un mot d’appréciation politique sur le contenu, pas un commentaire.

A la différence de Susanne Leutenegger Oberholzer, Blocher comprend la nécessaire distance entre le politicien et les artistes. L’enjeu principal du film, lui, sera de savoir quelle a été la distance entre le cinéaste et son sujet. Bron a longuement vu Blocher pour ce documentaire, et pas seulement lui j’imagine. « Cela se résume à la question: qui a mangé qui? », dit un scénariste romand. En tout cas, je me réjouis de voir le résultat, connaissant le travail précédent (et remarquable) de Bron.

Quant à la question de la subvention, elle avait été soulevée avec les mêmes sous-entendus politiques (inversés) contre « Vol Spécial » de Fernand Melgar. Je trouve que ce film a des faiblesses, qu’il ne dit pas tout et me suis brouillé probablement pour toujours avec Melgar à ce sujet. Je n’en pense pas moins qu’il était nécessaire de le soutenir avec de l’argent public car sans cette plongée dans la réalité de l’asile, les abus de la politique de renvois se poursuivraient dans l’indifférence générale. Melgar et Bron élargissent le débat démocratique à un autre public que les têtes chenues qui lisent encore les journaux. Ils sont fichtrement nécessaires l’un et l’autre.

Actualisation le 6 août: La perle du jour, à l’émission Forum de RSR, revient à la socialiste Cesla Amarelle: « C’est parce que Jean-Stéphane Bron est un réalisateur de talent que je m’interroge sur le rôle subversif de son film par rapport à Christoph Blocher ». Dans le genre je-dis-tout-et-son-contraire-et-censure-sans-en-avoir-l’air-avant-d’avoir-vu-le-film, c’est champion!

Ceux qui montrent leur visage, ceux qui se contentent des pieds

Maintenant que la campagne d’affiches est bien lancée à trois semaines des élections fédérales, un contraste m’a frappé en me rendant à Berne aujourd’hui, mais aussi dans d’autres lieux. Partout fleurissent des faces plus ou moins souriantes et sympathiques qui réclament nos suffrages – la cuvée 2011 paraît d’ailleurs photographiquement plus réussie que d’habitude, en particulier chez les radicaux. Partout, des politiciens tentent de nous convaincre par une pose à la fois sérieuse et avenante qu’ils sont les hommes et les femmes de la situation, ce qui est leur rôle, puisque nous allons élire les députés qui représenteront notre canton, notre région.

Partout des visages, sauf pour l’UDC. Depuis de longs mois, ce parti nous montre des pieds. Les gros godillots noirs d’immigrés foulant le drapeau national. Le parti de Christoph Blocher a choisi une stratégie bien précise: inonder les gares et leurs alentours immédiats de ce message univoque. A première vue, c’est bien vu, puisque ces lieux de passage voient défiler « l’Autre », l’étranger qui profite de notre système social et crée l’insécurité.

Le problème, c’est qu’à force de matraquer le même slogan, l’UDC commence à susciter plus de rejet que d’adhésion. A la gare de Zurich par exemple, où transitent près d’un million de passagers par jour, les CFF ont enregistré « énormément de réactions très négatives de la clientèle », a reconnu leur porte-parole. Cela les a poussés à limiter les ardeurs du parti nationaliste, ce qui y a immédiatement et sans surprise provoqué des cris d’indignation, la victimisation étant une autre tactique UDC qui commence elle aussi à s’essouffler.

La seconde affiche omniprésente est apparemment plus soft dans le message, et tout aussi désincarnée. « Les Suisses votent UDC », y lit-on. Personnellement, je la trouve plus vicieuse que la première. Après avoir pendant des années stigmatisé d’un discours méprisant l’Union européenne et tout ce qui est étranger, les blochériens séparent par ce slogan les « bons » Suisses – qui votent pour eux, bien sûr – et les autres, les traîtres, les mous qui ont perdu leur boussole patriotique. Ce discours d’exclusion est beaucoup plus apparent dans la Weltwoche, dont le rédacteur en chef Roger Köppel récupère avidement les figures historiques qui ont marqué la Suisse – dernièrement, l’écrivain Friedrich Dürrenmatt – pour en faire, sans leur consentement bien sûr, des précurseurs des thèses de l’UDC. Pathétique.

C’est vrai qu’il y a aussi le spot publicitaire du parti, qui vise le deuxième degré. Là encore, on n’a pas affaire à ceux qui l’animent, mais à des acteurs professionnels qui, le reste du temps, font de la pub pour Migros ou Vögele. Et ça se sent. Je sors d’un cinéma lausannois où – délicieuse collision – ce spot de l’UDC précédait la projection du film de Fernand Melgar, « Vol Spécial ». Je ne pense pas que le parti ait glâné beaucoup de voix sur ce coup.

Pour revenir au contraste que j’évoquais plus haut, il souligne à mon avis une faiblesse persistante de l’UDC qui éclate dans des périodes comme celle-ci: derrière le Père Imprécateur Blocher, ce parti n’a pas grand monde à aligner. Le conseiller fédéral Ueli Maurer, que j’interviewais cet après-midi, est à mon humble avis un des UDC qui s’en sort le mieux. Les Romands et la gauche le traitent de nigaud, de girouette, et le sous-estiment. Ils s’en sont mordu les doigts cette semaine après les décisions sur le budget militaire. Le président du parti Toni Brunner est un animateur énergique, mais guère plus que cela. Caspar Baader, candidat potentiel à un deuxième siège gouvernemental, est un homme droit, travailleur et compétent, pour ce que j’en ai vu la semaine dernière, mais on dirait qu’il n’est pas souvent sorti de chez lui, malgré ses photos-souvenir touchantes avec son épouse sur la muraille de Chine. Côté charisme, il ne décoiffe pas. En Suisse romande, Yves Nidegger sort du lot, mais il est assez seul.

Je n’ai sans doute pas fait le tour, mais le fait est que dans les rues suisses, les visages UDC brillent surtout par leur absence ou leur manque de notoriété.

On verra ce qu’il en est le 23 octobre. Pour ma part, je ne serai pas surpris si les Suisses y manifestent une certaine lassitude face à un parti qui peine à s’incarner derrière ses slogans xénophobes et qui, cette année en particulier, exaspère par l’étalage arrogant sur les murs de nos gares de moyens financiers qu’il refuse de dévoiler.

Les forges de Syam

Syam30A voir ces halles obscures, ces carreaux cassés, ces longs bâtiments dont des pans de toit commencent à s’effondrer, on imagine que toute activité industrielle a cessé ici depuis près d’un siècle.

Erreur: les forges de Syam employaient encore une quarantaine d’ouvriers en 2009, quand elles ont fermé définitivement. Elles produisaient encore des pièces pour l’aéronautique ou les TGV, des rails pour les ascenseurs Otis. Quelques années auparavant, certains les qualifiaient encore de « compétitives ». Mais il aurait fallu investir beaucoup, trop, dans les installations devenues vétustes.

Syam1Quand on arrive aux forges proprement dites, en contrebas d’une villa palladienne qui fut la demeure du maître des forges et reçoit aujourd’hui des hôtes de passage pendant la belle saison, la première chose qui frappe est l’ordonnancement soigné des bâtiments, regroupés autour d’une cour qu’orne une de ces fontaines rondes en fer forgé qu’on voit en plusieurs exemplaires dans la région. Lire la suite

Le vélo à Copenhague: un tour de roue d’avance

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« The Snake »

Certains viennent y admirer la Petite sirène. C’est plutôt un serpent qui m’a donné envie d’y passer quelques jours. « The Snake« , inauguré il y a deux ans, est une des réalisations-phare qui font de Copenhague  la rivale d’Amsterdam comme capitale européenne du vélo.

Comme le montre l’image ci-dessus, il s’agit d’une élégante passerelle aérienne en forme de « S », réservée aux deux roues, qui opère la liaison entre deux ponts, celui de Dybbølsbro et celui de Bryggebro, et complète ainsi un des grands axes citadins par-dessus un bras de mer.

Longue d’environ 300 mètres, elle symbolise les efforts que fait la capitale danoise pour révolutionner les modes de transports urbains et et véhicule ce message essentiel, que n’ont pas encore compris la majorité des décideurs suisses et français: pour que les gens (ré)adoptent la bicyclette pour se rendre à leur travail ou à leurs études, il faut que ce soit (aussi) une expérience plaisante, pas stressante.

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La maison hantée de Simenon

Simenon16Bravo à Pascal Sartoretti qui a repéré dès le deuxième indice la maison de Gorges Simenon à Epalinges (la citation est tirée d’un livre de Michel Carly). L’écrivain vécut de 1963 à 1972 dans ce qu’il annonçait à un ami comme la demeure « de leurs rêves » avec son épouse Denyse. Elle se transforma vite en celle de leur cauchemar.

Deux livres récents, dont un polémique de Patrick Roegiers et l’autre de son fils Pierre ayant paru sur Simenon, je me suis demandé ce que devenait cette maison dont « 24 Heures » annonçait la démolition prochaine en février dernier. Elle est toujours debout, décrépite, imposante, abandonnée, sinistre.

epalingesRares furent les arbres plantés devant ce qu’on ose appeler une « villa », tant la construction fait plutôt penser à une « clinique futuriste » (des années 50…), selon les mots de Pierre Assouline, biographe de Simenon. Le bouleau que l’on voit sur la photo historique a grandi, solitaire dans son angle. Dans le parc de 25 000 mètres carrés qui dégage la vue sur les Alpes et le jet d’eau de Genève se trouvaient en revanche dix statues, neuf du commaissaire Maigret et une de Simenon lui-même, écrivait « Paris-Match » le 3 mars 1973.
Simenon25Faut-il croire « Paris Match », qui évoque aussi une piscine « olympique » (alors qu’elle mesure une vingtaine de mètres de long) et « une salle d’opération pour cas d’extrême urgence », alors que ladite pièce était équipée d’une simple table de massage? Voici plutôt ce qu’écrit l’envoyé spécial du « Soir Illustré » le 14 septembre 1989: Lire la suite

La roulette russe avec cinq balles dans le barillet

deer-hunterCa sonne B.I.E.N, c’est le cas de le dire. L’acronyme signifie, en anglais, Basic Income Earth Network, en français revenu de base inconditionnel. C’est une de ces idées d’apparence généreuses véhiculées par l’Internationale des bons sentiments, celle qui vous promet le rasage gratis, la coupe des poils de nez et des lunettes à foyer variable en prime.

C’est peu dire que le revenu Inconditionnel de base (abrégé RBI) me hérisse: il heurte frontalement ces valeurs fondamentales que j’assume en toute ringardise, à savoir le respect du travail et la valeur de l’effort, fût-il (auto-) imposé. En Suisse, pays qui partage en principe ces valeurs mais pratique aussi la démocratie directe, nous aurons à voter sur une initiative introduisant le RBI puisqu’elle a, hélas, recueilli 116 000 signatures. Lire la suite

Conversation arlésienne avec Winston Churchill

  • tumblr_l3g7hxSBrf1qaj1weMr. Churchill?
  • Grmmbl….
  • Mr. Winston Churchill?
  • Mmmbl, quoi?!
  • Vous avez cligné de l’oeil, je vous ai vu…
  • Pas possible: je suis enfermé en deux dimensions, dans le cadre d’une photographie.
  • Pourtant je vous ai vu cligner de l’oeil.
  • Admettons. Ce n’est pas facile de tenir cette fichue pose tout le temps.
  • J’imagine bien! Depuis le 30 décembre 1941.

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L’Allemagne et nous

BismarckA l’époque où il était rédacteur en chef de « Die Zeit », j’avais partagé avec Roger de Weck un repas où nous évoquions les bouleversements que connaissait l’Allemagne depuis 1989. « Ce pays a pris coup sur coup trois décisions d’une audace incroyable, lui faisais-je observer. D’abord celle de la réunification en marche accélérée; puis la fixation de la parité du mark est-allemand à égalité avec celle du mark ouest-allemand; enfin le transfert de la capitale de Bonn à Berlin. En Suisse nous aurions, très raisonnablement, pris les trois décisions inverses. » Après quelques secondes de silence, de Weck avait simplement dit « c’est vrai… », comme s’il réalisait l’ampleur du fossé séparant son pays d’origine de celui d’adoption.

Je repense à cette conversation en observant ce qui se passe actuellement. En trois jours, l’Allemagne a accueilli autant de réfugiés et migrants que la Suisse en une année. Elle met 6 milliards d’euros sur la table pour gérer cet accueil, son ministre des finances connu pour sa parcimonie assure que c’est parfaitement gérable. Pendant ce temps se tient ce mercredi à Berne un débat sur la révision de la loi sur l’asile. Des orateurs UDC (Hans Fehr, Heinz Brand) s’inquiètent à la tribune du Parlement des 50 millions engagés pour cette révision, des critères trop laxistes de l’admission provisoire, de l’absence de mesures efficaces contre les passeurs (eux-mêmes n’en proposent pas), des avocats gratuits pour les requérants. Tout cela, disent-ils, envoie aux candidats-réfugiés le (mauvais) message « venez ». Lire la suite

En longeant le Rhin (II)

Du9Suite et fin de la balade à vélo de dix jours le long du Rhin, de Bâle à Duisburg (sur la photo: Düsseldorf). Comme pour les six premières étapes, vous avez la possibilité de suivre le récit étape par étape en cliquant au bas de cet article sur les chiffres correspondant à chacune d’entre elles (sauf qu’ici, le « 1 » correspond à la septième étape, et ainsi de suite).

Si quelqu’un est intéressé par le trajet et souhaite disposer d’un ou des deux guides « Rhein-Radweg » 2 et 3 (le premier de Bâle à Mayence, le second de Mayence à Duisburg), qu’il me le fasse savoir et je les lui enverrai gracieusement. Faites-le savoir par un commentaire ou un mail à l’adresse peclet@gmail.com, premier arrivé premier servi!

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